René Gori et l’amour derrière les clapotis

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histoire de parler d’amour, d’un scarabée extensible, d’un lampadaire philosophe et de la silhouette d’une femme, assise sur un banc installé le long d’un canal, une femme derrière les clapotis.

l’écriture d’une divagation sur l’amour est en chantier… à suivre – un projet pour 2024 (si le destin le permet…)

historique et note d’intention

Depuis 2022, je travaille sur les chroniques de René Gori, un résident fictif de la ville d’Utrecht aux Pays-Bas, publiées par intermittence sur le site du Grand Gazomètre. Ce personnage s’exprime à partir de son monde imaginé avec un regard décalé sur les sociétés des hommes, des objets et des animaux. L’idée était, à l’instar des Lettres persanes, de parler de l’humanité et de ses travers en s’autorisant une grande naïveté. René Gori est un innocent s’émerveillant de tout, même du pire. Petit à petit, le désir d’en faire une figure de scène s’est révélé incontournable et un scénario s’est établi sur la présence de deux interprètes, soit René Gori (Yves Robert) exprimant les errements littéraires et amoureux du chroniqueur fictif, et « les muses » (un samovar, une poêle, un scarabée extensible et un lampadaire philosophe) (un multirôle proposé au comédien Blaise Froidevaux) agissant en contrepoint. 

l’histoire

René est amoureux de l’apparition d’une femme sur un banc de l’autre côté du canal en face de sa maison. Il en parle ouvertement avec Gustave le samovar, Elvire la poêle, Albert le scarabée extensible et un lampadaire philosophe. Ces discussions permettent de s’interroger sur les multiples formes de l’amour et des enjeux émotionnels des humains sur terre. Tout se met en place pour une rencontre avec l’être désiré, mais le réel est-il possible et souhaitable au-delà de la fiction ?

l’expression

J’ai toujours défendu un théâtre de l’écriture, soit intégrer l’usage de la tournure littéraire et poétique dans les dialogues, s’autoriser la divagation descriptive et la recherche de la musique dans la langue. Je considère que l’efficacité théâtrale n’est pas la fille d’une simplification du langage, mais bien celui de la recherche des émotions humaines en acceptant leurs complexités. La première confiance de l’écriture est de reconnaître la curiosité et l’intelligence des spectateurs. C’est le choix qui est le mien et la couleur que je veux donner à mes écrits de scène. Ce projet ne dérogera pas à cette ligne que souhaite en perpétuelle progression.

extraits (ébauche 000)

Le samovar : Les humains, ça renifle, parfois, ça ronfle.

René Gori : Moi, je ne sais pas, je dors… Moi, je suis un humain parmi les humains, je suis René Gori, j’habite à Utrecht, pas l’Utrecht que tu imagines, non, celui qui existe réellement et qui est ailleurs ou quelque part, on ne sait pas trop où. Cet Utrecht reste discret, ne figure sur aucune carte. À quoi bon attirer les gêneurs et les curieux, les collectionneurs de cartes postales et les farfelus qui secouent les monuments plastiques érigés à l’intérieur des boules à neige. Imagine un peu, si tu étais dedans, tu serais chamboulé.

Le samovar : Chamboulé, chamboulé… Depuis peu, une histoire circule à ton sujet. Elle saute de bouches en oreilles, d’oreilles en bouches et à la fin, tout le quartier la connaît. Chaque fois différente, un petit bout de vrai et beaucoup de folie. Ce bruissement s’appelle : « une rumeur ». Elle parle de toi avec beaucoup d’approximations.

René Gori : Je suis amoureux d’une femme. La rumeur dit vrai. Parfois, sur le banc qui est de l’autre côté du canal, au-delà des clapotis, elle apparaît avec son sourire particulier.

Le samovar : Toutes les femmes du monde ont un sourire particulier, aucun ne se ressemble.


René Gori : Ça sentira le Péloponnèse. La Grèce, on croit que c’est un pays aride parce que c’est au Sud, mais on oublie que tout autour, il y a la mer.

Le samovar : Des gens s’y noient… Et on oublie. 

René Gori : En Grèce, il y a des papillons dans les bois d’oliviers, ils volent entre les troncs à la recherche des pensées oubliées. Vous ne le saviez pas ?

Le samovar :  Pour les noyés ?

René Gori : Pour les papillons.

Le samovar : Les papillons valsent sur le vent, des déplacements erratiques, dans tous les sens, incompréhensibles, mais c’est utile. Ils courent après toutes les idées perdues des hommes pour les attraper, les digérer et les régurgiter dans les rêves des hommes.

René Gori : Les rêves, c’est du hasard ?

Le samovar :  C’est le travail des papillons.

René Gori : La Grèce est un pays aride.

Le samovar : Je ne crois pas. Là coule la source de la philosophie. Ça ne peut pas être aussi sec qu’un désert ou qu’un bout de savane sur la piste des éléphants. Là-bas, en Grèce, se trempent les idées. Elles ressortent toutes mouillées, prêtes à voyager sur le vent de la pensée, parcourir des milles et des milles, parvenir jusqu’à Utrecht et abreuver le lampadaire philosophe.

distribution à ce jour

soutiens et partenaires

Gustave le samovar

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