résidence du 13 au 15 décembre 2023 – Arts de la rue
Parce que la météo de décembre est ce qu’elle est… le Cargo offre durant trois jours un havre à Manu Moser et Élima Héritier pour la préparation de l’un des trois monologue clandestins de la série : sauvageries théâtrales nocturnes
Ça cause d’amour, d’humanité, avec empathie et simplicité. C’est direct, sans filtre, sans pudeur, sans vice et sans jugement.
Sur un bout de trottoir, un humain, presque une ombre, parle. Le corps abandonné raconte et discourt.
Et voici exposés, quelques morceaux de vie : amour, perdition, solitude, beauté, immigration, destruction, écologie, rêves et espoirs… Tout y passe.
Les clochards disent ce qu’ils veulent, ils n’ont plus rien à perdre…
Nora Rupp (1981), vit et travaille à Lausanne en suisse. Elle a étudié la photographie à l’École d’Arts Appliqués de Vevey. Depuis plus de dix ans, Nora Rupp développe et expose divers projets photographiques.
Depuis plus de 22 ans, j’explore l’autoportrait dans ma pratique photographique. J’utilise mon corps comme un outil pour me confronter à moi-même, à mes mécanismes, et questionner la condition des femmes dans notre société. Cette résidence est l’occasion pour moi d’explorer une nouvelle direction en questionner le regard que je porte sur mon propre corps de femme.
cinéaste Né en 1978 à Lausanne (Suisse). Formation à l’École de Théâtre Lassaad, Bruxelles. Formation comme réalisateur à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), Louvain-La-Neuve. Travaille en tant que cameraman, monteur, réalisateur, animateur et régisseur de théâtre à Lausanne
Cette résidence est l’occasion de travailler l’écriture et le recherche d’une forme pour mon film « Lettre à mes filles », essai cinématographique autour des séparations dans ma famille, et les absences des pères ainsi que la nouvelle relation que je tisse avec mes filles suite à ma propre séparation.
avec Jade Bärtschi, danseuse et AxelFernandez, comédien
à propos deMovimiento
MOVIMIENTO est une œuvre artistique d’émerveillement en cours de développement, conçue comme une maquette expérimentale en vue de sa version finale d’une heure.
Cette performance pluridisciplinaire mêle poésie, danse et théâtre pour explorer les cycles et les mouvements perpétuels de la vie, tout en abordant des sujets aussi bien adaptés à un public avisé que populaire. En explorant les mécanismes de l’univers, le spectacle nous transporte dans les méandres de la perception, pour marier l’ordre et le chaos.
Jade Bärtschi débute la danse en 2005 au Giant Studio à Neuchâtel et intègre la troupe à 7 ans. En 2011, elle intègre la compagnie de Jeune Talent de Résodanse Station, coaché par Maurizio Mandorino. Entre 2015 et 2018, participe à de nombreux stages intensifs à Londres, Le Havre et New York où elle apprend aux côtés de Seku Heru, Tony McGregor, Jana Hicks ou encore Max Stone. Touche à tout, elle maitrise des styles de danses urbaines et également académiques, notamment le contemporain. En 2018, elle intègre la prestigieuse école CobosMika Company en Espagne, qu’elle quitte prématurément à la suite d’un surentraînement. Pendant 4 ans, elle acquiert une conscience du corps et de l’esprit en développant ses connaissances en médecines alternatives et ancestrales, en philosophie et diverses sciences métaphysiques. En 2022, elle réintègre la compagnie de Résodanse Station afin de continuer à développer ses capacités au côté de Raphaël Berkane. Elle souhaite, entre puissance et douceur, mettre en lumière l’hyperempathie qu’elle vit quotidiennement.
Axel Fernandez Acteur, réalisateur, scénariste, monteur et metteur en scène, multitâches hispano-helvète qui voit le jour à La Chaux-de-Fonds en 1993. Il fait ses débuts au théâtre à 12 ans dans Candide de Voltaire mis en scène par Catherine Pauchard au Théâtre Populaire Romand et y suit des cours pendant 3 ans. Il part en 2012 étudier l’art dramatique et le cinéma à Paris, finissant diplômé du Cours Florent, puis de l’Actors Factory. Il joue au théâtre dans le Rocky Horror Picture Show, Cabane de Floriane Facchini, à la TV dans Modern Family, L’alerte de Moïra Pitteloud, et dans de nombreux court métrages tel le très récompensé Blind Date à la Juive d’Anaëlle Morf. Il suit des stages de clowns, d’anglais, puis d’écriture dramaturgique avec la script doctor Pascale Rey qui sélectionne son court métrage La Gomme pour être présenté en janvier 2023 lors d’une projection à la SACD à Paris. Cinéphile, autodidacte, il écrit et réalise une trentaine de court-métrages, sketchs et vidéos, certains récompensés et visibles en accès libre sur internet. Actuellement, il travaille sur le prochain spectacle de Juliette Vernerey en tant qu’assistant à la mise en scène. Créateur hyperactif, il souhaite développer des narrations qui se veulent divertissantes et universellement humaines.
le 6 octobre 2023 à 19 h – texte Pascal Nordmann – avec Pierre Barayre, Bernard Colin et Violaine Vérité
à propos des danseurs
L’écriture de Pascal Nordmann contient les envoûtements des torrents de montagne, une eau claire qui s’élance dans le vide et affronte les rouleaux de la cascade. On est surpris de sa vivacité et encore plus, on est ému par son étrange limpidité dévoilant que la poésie peut faire théâtre.
Dans Les Danseurs, Nietzsche et Haendel, personnages intemporels, devisent sur ce qui fut le monde, sur ce qui est le monde et quelle place leur sera réservée dans le monde à venir, dans un monde à chaque fois ailleurs. Ils s’étonnent des ruptures, des vides, des départs, des vertiges, s’inquiètent de la place qu’occupent les hommes dans tout ce bazar, de la place des objets, des désirs et tout ce qui fait que le monde reste le monde.
Ce quotidien se déroule sous le regard et la tendresse d’une servante, une voix singulière qui rapporte l’usure, la vieillesse, les choses perdues, ou à perdre, les recommencements et les nécessaires gestes sans lesquels, l’humain ne serait plus l’humain – « Un grand voyage que le voyage de l’éponge sur le dos de l’homme ».
extraits de la première scène
Nietzsche : Lorsque je suis né, l’on tricotait encore les caleçons à la main. Très vite, ça a changé mais lorsque je suis né, les mains filaient les mailles des caleçons. C’étaient de petits poissons fendant une eau tiède, ces mains dans la laine, ces mains qui tricotaient les caleçons. Plus tard ça a changé. Comment ne pas le voir? Comment ont-ils pu ne pas le voir que s’ouvrait un horizon plein de rumeurs? Plein de charges, plein de responsabilités. Cela se voyait, la responsabilité qui venait dans les caleçons et comment on les tricotait puis ne les tricotait plus mais des machines s’en chargeaient. L’homme changeait. Il était capable de transférer à la matière le travail qu’il désirait faire sur la matière. Il fabriquait des objets à son image. Cela annonçait la venue des temps de la responsabilité. Comment ont-ils pu ne pas le voir?
Haendel : Lorsqu’ils ont joué ma musique pour les grandes eaux, ma petite musique pour les grandes eaux, j’étais terré derrière le théâtre. Je l’avais écrite en trois semaines seulement. Si peu de temps, c’est un exploit pour une musique de cette durée. Lorsqu’ils l’ont jouée, ma petite musique pour l’eau, je n’en croyais pas mes oreilles. Ils jouaient cette chose, ils allaient tirer un feu d’artifice. Tout cela, ils le faisaient comme je l’avais voulu, au bénéfice du grand hôpital de la ville. Cette musique splendide allait résonner pour ce qu’il y a de plus misérable. Ma tête tournait. J’avais l’impression que les étoiles les plus hautes, les plus chaudes, étiraient leurs doigts jusqu’à la terre, que le plus haut et le plus bas allaient s’épouser, pour qu’il en sorte je ne sais quel monstre. Je ne savais plus si je devais avoir peur, me réjouir ou avoir peur.
La servante : Un grand voyage que le voyage de l’éponge sur le dos de l’homme. De l’omoplate de l’homme à l’omoplate de l’homme, distance plus grande que la distance d’un pôle à l’autre. Tropique plus périlleux que Capricorne, que Cancer que la ligne médiane qui, de la nuque au fond, parcourt l’homme telles les dorsales fumantes du fond des océans. Car l’homme est grand parce qu’il n’est pas un. Car l’homme à lui tout seul est l’oiseau, la roche, la vague, le volcan. Car lorsque vous démontez l’homme, ce sont mille mondes que vous trouvez. Mille collines, mille serpents, mille éclairs. Car l’homme est fait de tout et tout est dans l’homme.
Pascal Nordmann a vécu entre Genève, Paris et Detmold, dans le nord de l’Allemagne, où, en 1986, il fonde une compagnie de théâtre, le « Chairos Theater », qu’il dirige durant dix ans et pour laquelle il écrit des textes, met en scène et crée décors et accessoires.
distribution
Pierre Barayre, Nietzsche Après des études en lettres classiques, psychologie et droit, certificat d’avocat en poche, il opte pour une carrière de comédien, metteur en scène, pédagogue. Il participe depuis les années 80, en free lance ou avec sa compagnie, à de nombreuses aventures théâtrales, souvent autour de nouvelles écritures. Il dirige durant une vingtaine d’années la Comédie de Saint-Maur Val de Marne et ouvre des ateliers de théâtre fréquentés par de nombreux élèves de l’Est parisien. Dans les années 2000 il s’installe dans le sud où il fonde le Théâtre Hirsute. Parallèlement à ces activités, il est chargé de donner des cours dans différentes universités et anime multiples stages et ateliers dans le cadre de dispositifs départementaux ou régionaux.
Bernard Colin, Haendel Bernard Colin se forme auprès des chercheurs de théâtre des années 70. Il fonde la compagnie Tuchenn au début des années 80 puis l’Aire Libre, théâtre de la périphérie rennaise consacré aux formes contemporaines, qu’il dirige pendant cinq ans. À partir de 1995, il se spécialise dans l’adaptation de textes marquants de la littérature et de la poésie contemporaine. Son travail de création est caractérisé par une attention particulière portée aux acteurs, et une relation de grande proximité avec le public. Il dirige un organisme de formation aux métiers du spectacle (Studio Té) et a co-fondé en 2013 la compagnie Le P’tit Denfert avec Violaine Vérité.
Violaine Vérité, la servante Violaine Vérité débute le théâtre à Paris en 1972, sous la direction artistique d’Eduardo Manet avec qui elle travaille jusqu’en 1980. Elle s’installe ensuite à Montpellier et collabore avec diverses compagnies et metteurs en scène de la région. En 2006, elle rejoint Tuchenn, en Bretagne. À partir de 2009, elle impulse au sein de la compagnie des productions autour de la thématique des destins de femmes. Dans cette optique, elle se consacre à l’adaptation et à l’interprétation de textes de la littérature contemporaine : Michèle Desbordes, Marguerite Duras, Annie Ernaux, Carole Martinez, Flavia Perez. En 2013, elle crée la compagnie Le P’tit Denfert avec Bernard Colin.
en résidence du 7 août au 3 septembre 2023 à l’Atelier Grand Cargo
en vrac…
réadaptation et expérimentation vers une nouvelle version du spectacle Carmen – Théâtre Frenesi.
Un spectacle musical inspiré de la nouvelle de Prosper Mérimée et de l’opéra- comique de Georges Bizet. Une version comico-lyrique, revisitée par une secrétaire de garage.
en résidence du 12 au 16 juin 2023 – seconde partie
distribution
Idée originale, texte et jeu – Elise Perrin Complicité artistique, musique et jeu – Noé Forissier
à propos
2053 est une tentative d’agir sur le monde en imaginant un futur lumineux. La forme choisie est celle d’un bulletin d’information de l’an 2053. Imaginons qu’à cette époque, le capitalisme soit de l’histoire ancienne et que le vivant ait repris le pas sur les écrans. L’actualité est donc diffusée grâce à des troubadours en chair et en os, parce que c’est bien plus sympathique. Justification un peu légère ? Non, car dans ce monde postcapitaliste, les valeurs ont été complètement redéfinies. Il s’agit là de mutations cognitives absolument inédites : on cherche avant tout à prendre plaisir à ce qu’on fait; l’accumulation de biens matériels est dénuée de sens et on a tordu le cou à l’oiseau de malheur du téléjournal qui s’est réincarné en journal vivant.
Note d’intention
J’ai de plus en plus de difficulté à imaginer un futur qui ne soit pas sombre et destructeur. Mon imagination se heurte à des murs et tombe dans des trous béants. Tout me crie : un avenir meilleur, c’est impossible, regarde, une autre guerre a éclaté. Saisie par l’urgence grandissante d’inventer des alternatives, j’écris ce spectacle pour reprendre espoir, car le théâtre permet de traverser les murs et d’enjamber les trous noirs.
Il est urgent que nous nous frayons une issue hors du capitalisme et de la destruction du vivant. L’imagination ne suffira pas, mais elle est le point de départ du changement. Je rejoins bell hooks quand elle écrit que « ce que nous ne pouvons pas imaginer ne peut pas devenir réalité. » Avec 2053, j’aimerais tracer de nouveaux sentiers vers l’utopie, pour revenir sur mes pas et pouvoir affirmer : regarde, il y a un passage ! Sans m’encombrer de fausse modestie, puisqu’au théâtre le vrai peut être faux et le faux devenir vrai, j’aimerais relever le défi de l’optimisme et de prendre le risque de la prophétie.
Elise Perrin, directrice artistique de Jeanne & cie
résidence – sortie de chantier le 26 mai 2023 – 15h devant le Cargo
écrire pour l’espace public
avec Laura Dahan et Cécile Meignen, comédiennes, metteuses en scène, auteures, co-directrices artistiques de la Cie Les Fugaces.
« Comment écrire pour l’espace public ? Comment trouver l’équilibre entre la partition écrite, prévue, et une part d’improvisation inévitable ? Comment la notion d’écriture concerne le texte mais aussi l’implantation dans l’espace ? Quelle textualité peut passer l’épreuve de la rue, pour quelle jauge, et comment parler en se déplaçant ?
Lors de ce module, nous partagerons avec vous nos outils et notre expérience d’écriture pour l’espace public. En parallèle, nous vous accompagnerons dans la quête de ce que pourrait être votre écriture propre. L’objectif, au terme de la semaine, est que chacun·e ait découvert et commencé à développer son langage artistique unique et original. Le défi de l’écriture pour l’espace public est de trouver l’équilibre entre la précision de la langue et la disponibilité pour le « présent » et les imprévus de la rue. L’enjeu sera de produire une langue théâtrale renforcée par l’agitation de l’espace public, et non déforcée ou annulée par celle-ci »
vendredi 5 mai 2023 à 19h et vendredi 12 mai 2023 à 19h
à propos de cette résidence
Hier soir, le Grand Cargo a accueilli la première réalisation en résidence de l’auteur Michel Beretti : Où vont les paroles quand le vent les emporte ? Cette soirée passionnante et émouvante nous oblige à poser la question suivante : Où va le miracle du théâtre quand les lumières s’éteignent ? La réponse est peut-être ? … Dans nos cœurs. Porté par l’auteur lui-même et la voix magique de Djénèba Coulibaly, ce récit, commençant par la description de la bipédie, trace une route dans les déserts, d’abord celui de la nature, puis celui des hommes. Mais les sentiers escarpés et les chemins solitaires sont faits de rencontres et de partages, de ces petits riens qui font humanité, de ces gestes boussoles qui redonnent un cap à nos vies. L’écriture de Michel Beretti est précise et claire, elle fixe les situations et les émotions sans jamais égarer le spectateur vers des envoûtements factices. La fiction rejoint le théâtre et ce théâtre se charge de réel, les spectateurs deviennent témoins, alors les ombres, un instant émergées de la nuit, s’incarnent en figures humaines. À la fin de la représentation, le regard sur l’autre a changé… Là est le miracle du théâtre.
première partie – causerie
Jatigiya
de Michel Beretti au Cargo le 12 mai 2023
Jatigiya (« hospitalité » en bambara) présente un visage du Mali différent de celui auquel habituent les médias. La causerie est émaillée de contes brefs, d’échanges avec le public sur la sinankunya, la « parenté à plaisanterie » destinée à éviter les conflits, sur le tissage des liens symboliques dans la société mandingue pour laquelle l’individu ne peut exister seul, de l’histoire de notre griotte Sakiliba qui chante l’éloge de mon épouse et le mien.
Jatigiya éclaire aussi le croisement des regards des Dogons avec celui des ethnologues, expose l’énigme scientifique de leur observation astronomique de Sirius, raconte le code moral du pulaaku et la culture de la Beauté des Peuls, éleveurs hors pair dont leurs vaches sont les parentes, et la recherche des carnets du major Laing, premier voyageur occidental ayant atteint Tombouctou. Dans le dialogue avec le public, seront évoqués les maux dont souffre le Sahel.
Michel Beretti
seconde partie – lecture spectacle
Où vont les paroles quand le vent les emporte ?
de Michel Beretti – captation publique au Cargo le 12 mai 2023
par Michel Beretti etDjénèba Coulibaly (voix enregistrée)
Petit traité de la marche au désert, ou propos sur la bipédie qui permit aux hominidés de sortir d’Afrique, Où vont les paroles quand le vent les emporte ? est un texte de fiction assemblant des faits réels et des situations vécues par l’auteur au Sahel.
Au désert, la nuit, un groupe d’hommes et de femmes épuisés marche vers une frontière de sable. Rencontre de hasard où le narrateur croise 21 destins, tous différents, tous semblables devant l’épreuve : Bachir, Koundou, Oluwakémi, Aboubakar devenu Abdoulaye en changeant de pays… Dans ce récit, le narrateur accueille la voix d’une jeune femme, tantôt adulte, tantôt petite fille, traversée par une autre voix, celle d’une mère folle, qui raconte l’excision, le mariage forcé et l’empoisonnement du mari.
La jeune comédienne malienne Djénèba Coulibaly prête à Fatime sa voix enregistrée à Bamako.
Michel Beretti est philosophe et linguiste de formation (Université de Genève), est l’auteur de nombreux textes, pièces, adaptations, traductions et livrets d’opéra, représentés en Europe et en Afrique. Ses pièces sont souvent précédées d’enquêtes d’immersion sur le terrain ou dans les archives.
Deux survivants d’Hiroshima, les Hibakushas, s’entretiennent avec Robert Oppenheimer, considéré comme le père de la bombe atomique. Un scientifique de génie, idéaliste et psychologiquement fragile. Passionné de culture, grand connaisseur de la poésie, il lit la Baghavad Gita dans le texte et s’exprime dans un français parfait, Oppenheimer s’est interrogé – trop tard – sur sa monstrueuse création. Par-delà la mort, il discute et argumente avec les victimes de la bombe A.
À l’heure où ce personnage fascinant revient sur le devant de la scène, à travers des livres et bientôt un biopic que lui consacre le cinéaste Christopher Nolan, sorti sur les écrans cet été… cette rencontre improbable donne lieu à des points de vue qui s’affrontent : une Hibakusha révoltée, un ancien médecin Hibakusha qui cherche la paix et le physicien américain, particulièrement maltraité durant le Maccarthysme pour s’être opposé à la bombe H. Une réflexion sur les armes de destruction massive et la politique, sur l’éthique, la mémoire, sur des points de vue irréconciliables.
La pièce a été écrite pour les 50 ans d’Hiroshima en 1995. C’est la première fois qu’elle est présentée en lecture-spectacle.
Écrivaine prolifique, Bernadette Richard est née à La Chaux-de-Fonds, où elle a passé une enfance malheureuse et une adolescence calamiteuse. Elle veut entrer dans la presse, sa famille l’en dissuade, devient bibliothécaire, alors qu’elle veut être journaliste.
Hibakushas Oppenheimer : l’arme atomique brûle les planches du Grand Cargo
De toujours, l’écrivaine et journaliste Bernadette Richard se passionne pour l’atome, à son usage et ses conséquences. Née au début de la Guerre froide et du maccarthysme elle baigne, durant toute sa jeunesse, dans la propagande pro et antinucléaire et sous la menace d’une destruction totale de la planète en cas de guerre atomique.
Pour mémoire, son roman Dernier concert à Pripyat, publié aux Éditions L’Âge d’Homme peu avant la guerre d’Ukraine, se déroule dans la zone sinistrée de Tchernobyl. De sa plume, surgit à présent une pièce de théâtre écrite en 1995, pour les 50 ans d’Hiroshima. Elle n’a jamais été jouée. Cependant, à l’heure où Vladimir Poutine et quelques puissances possédant l’arme atomique, brandissent le péril nucléaire, elle est plus que jamais d’actualité. C’est pourquoi, ce soir et demain, Caroline Althaus, comédienne lausannoise et professeure au Théâtre Montreux Riviera, Emmanuel Moser comédien, directeur artistique de La Plage des Six Pompes et du Centre de Compétences et de Création Helvétique des Arts de la Rue, et Yves Robert metteur en scène, auteur de plus de 20 pièces de théâtre et de romans adaptés pour les planches, nous proposent une lecture-spectacle, « bien sentie », de ce texte.
Sous forme d’entretien, Hibakushas Oppenheimer nous rappelle non seulement les motifs fallacieux pour lesquels les villes de Nagasaki et Hiroshima furent détruites, mais également l’enfer vécu par les survivants. Deux Hibakushas, comme l’on nomme les rescapés de ce massacre, s’entretiennent avec le spectre de Robert Oppenheimer, père de la bombe atomique et scientifique de génie idéaliste et psychologiquement fragile. Opposant à la bombe thermonucléaire – Bombe H –, malmené par sa conscience et la chasse aux sorcières maccarthyste, il tente maladroitement de justifier sa découverte et ses dégâts irréversibles. Une réflexion sur une arme de destruction massive, sur la politique, sur la réécriture de l’Histoire et sur les manipulations dont les Êtres Humains sommes les victimes.
Dunia Miralles
cahier disponible
captation publique
hibakushas oppenheimer de Bernadette Richard
captation publique lecture par Caroline Althaus, Manu Moser et Yves Robert
en résidence du 20 au 24 mars 2023 à l’Atelier Grand Cargo
représentation de sortie de chantier – jeudi 23 mars 2023
18h devant le Cargo – entrée libre – chapeau – sans réservation
à propos
Radio Michel, une émission animée par Michel et Eddy, qui se déroule dans la cour de la maison de repos » les Magnolias ». On y découvre des résidents.e.s qui parlent de leur fin de vie, de leur passions, de leur quotidien…
« Un thème difficile à traiter car chargé en émotion, ce qui m’a amené à l’aborder avec tendresse, légèreté, poésie et amour. Afin de rendre un spectacle de rue touchant, drôle, qui rend l’invisible visible en donnant la parole à celles et ceux qui d’habitude ne parlent pas. »
Inspiré de l’univers des radios locales belges Strip-Tease et Radio Chevauchoir.
Idée originale : Benjamin Hubin
Aide à l’écriture et mise en scène : Jean-Michel Distexhe
Création marionnette : Niels Gryspaert
Conception Décors : Jean-Paul Jeunieaux assisté de Claudine Jeunieaux
Conseil dramaturgie : Nicolas Turon
Musique et Jingles : Martin Daniel ; Benjamin Hubin ; sélection de disques wallons par dj soFa
Avec les rencontre et témoignages de : Louis et Marie-Louise Lecompte ; Josiane Blanchart et ses amies ; Guy Dauvillée ; Jacqueline Lemaire ; Madame Piette ; Rachid Boukili ; Lauwrence ; Marie-Victoire Jaquet.
Ce spectacle est dédié à la mémoire de Claude Tilleul & Josiane Blanchart.
en résidence du 6 au 10 février 2023 à l’Atelier Grand Cargo
Idée originale, texte et jeu – Elise Perrin
Complicité artistique, musique et jeu – Noé Forissier
à propos
2053 est une tentative d’agir sur le monde en imaginant un futur lumineux. La forme choisie est celle d’un bulletin d’information de l’an 2053. Imaginons qu’à cette époque, le capitalisme soit de l’histoire ancienne et que le vivant ait repris le pas sur les écrans. L’actualité est donc diffusée grâce à des troubadours en chair et en os, parce que c’est bien plus sympathique. Justification un peu légère ? Non, car dans ce monde postcapitaliste, les valeurs ont été complètement redéfinies. Il s’agit là de mutations cognitives absolument inédites : on cherche avant tout à prendre plaisir à ce qu’on fait; l’accumulation de biens matériels est dénuée de sens et on a tordu le cou à l’oiseau de malheur du téléjournal qui s’est réincarné en journal vivant.
Note d’intention
J’ai de plus en plus de difficulté à imaginer un futur qui ne soit pas sombre et destructeur. Mon imagination se heurte à des murs et tombe dans des trous béants. Tout me crie : un avenir meilleur, c’est impossible, regarde, une autre guerre a éclaté. Saisie par l’urgence grandissante d’inventer des alternatives, j’écris ce spectacle pour reprendre espoir, car le théâtre permet de traverser les murs et d’enjamber les trous noirs.
Il est urgent que nous nous frayons une issue hors du capitalisme et de la destruction du vivant. L’imagination ne suffira pas, mais elle est le point de départ du changement. Je rejoins bell hooks quand elle écrit que « ce que nous ne pouvons pas imaginer ne peut pas devenir réalité. » Avec 2053, j’aimerais tracer de nouveaux sentiers vers l’utopie, pour revenir sur mes pas et pouvoir affirmer : regarde, il y a un passage ! Sans m’encombrer de fausse modestie, puisqu’au théâtre le vrai peut être faux et le faux devenir vrai, j’aimerais relever le défi de l’optimisme et de prendre le risque de la prophétie.
Elise Perrin, directrice artistique de Jeanne & cie