lecture spectacle – juin et août 2022
Une femme perdue en haute montagne, blessée, ne pouvant plus se déplacer et frappée d’amnésie traumatique discute avec un oiseau, un chocard aux pattes rouges et becs jaunes. Grâce à l’aide de ce «volatile persiffleur», elle reconstruit ses souvenirs, se découvre amoureuse et fait renaître son désir de vie.

distribution
lecture
Laurence Iseli et Blaise Froidevaux
texte et mise en lecture
Yves Robert
intervenant en dramaturgie
Denis Rabaglia
décor photographique
Arnaud Robert
production
Cargo15 & Atelier Grand Cargo
partenariat
Théâtre du Concert
photographie
© Catherine Meyer
durée : 55 minutes
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photographie © Catherine Meyer
extrait
il suffirait d’un désenchantement
le chocard
Suffirait d’un désenchantement du vent, une inattention, une défaillance… pas de travers, un écart, l’élégance se ponctue d’une vrille.
La vie se fracasse mille mètres plus bas dans les éboulis… une inattention, une turbulence.
La montagne ne remarque pas le temps qui passe.
Une insouciante, une coquette, une dédaigneuse, entre les moraines, les névés, les fissures du granit, sous l’à-pic des vertiges et dans le gel des cascades de glace, l’éternité s’égare.
La montagne s’en fout, elle, elle demeure.
Silence, nuées, nuages qui passent
il regarde la femme
Encore inconsciente, à croire qu’elle ne sait faire que ça, la fille, la fille fracassée. Elle marchait avec un homme habitué aux chemins creux de la mort… elle ne s’en souvient pas.
Lui, un habitué de l’inexistence.
On croit qu’elle guette, l’inexistence, ce n’est pas vrai, elle précède, puis un jour, elle attend, faucheuse indélicate, un brin de paille en bouche, mâchonnant sans impatience, elle attend comme on attend un bus.
Pour l’instant, je reste à côté d’elle, elle se réveillera, elle cherchera des réponses… voilà, elle se réveille.
la femme
Dans les bourrasques, à l’aide d’allumettes, fragiles, on espère la lumière retrouvée d’une lanterne…
le chocard
C’est du délire…
la femme
…se dévoilerait les habits de perdante, les journées couleur de cendre. Toute une obscurité sans que je me souvienne, toute une nuit… et ce matin, la journée s’étire, un rideau d’opaline, une déchirure de plus sur la longue litanie des ténèbres, toutes les nuits du monde… je ne me souviens de rien.
la femme un instant inconsciente, le chocard siffle.
le chocard
Vivre sans se souvenir ?
publication
représentations
Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds
Théâtre du Concert – Neuchâtel / les 26 et 27 août 2022
Atelier Grand Cargo – La Chaux-de-Fonds / du 10 au 12 juin 2022
presse
journal Le Ô – 26 août 2022
Un drame de la montagne dans une pièce poignante – Le Journal du silence d’Yves Robert part en tournée.
Explorer la mémoire équivaut parfois à ouvrir la boîte de Pandore. C’est ce à quoi s’est confronté le metteur en scène et écrivain Yves Robert au Grand Cargo, avec son spectacle Le Journal du silence, joué en juin. Sa pièce part en tournée, premier arrêt, ce soir et demain au Théâtre du Concert à Neuchâtel.
Nous sommes loin, ici, du savant travail des neurosciences. Et pourtant, l’écriture théâtrale est capable de faire émerger des émotions spontanées qui échappent aussi bien au créateur qu’au spectateur. « J’avais envie d’évoquer la question de la mémoire retrouvée après un traumatisme, qui témoigne du désir de vivre », explique Yves Robert. Qui se dit surpris des réactions du public : « Après les rires et même les larmes des spectateurs, ceux-ci m’ont parlé de la force des émotions que le texte avait révélées. »
Un drame de la montagne a inspiré Yves Robert: il y a quelques années, un alpiniste a perdu la vie à la suite d’une chute. Il grimpait avec une amie qui, elle, a survécu. L’auteur imagine le réveil de cette femme gravement blessée qui attend les secours, aux côtés du cadavre. Elle se sent responsable, même si l’enquête conclura à l’accident.
Dans un premier temps, sa mémoire refuse la réalité. Son inconscient, sa morale, son éthique prennent, dans le récit, la forme d’un chocard persifleur, qui l’interroge, la forçant à affronter la réalité pour aller au-delà de son amnésie.
Par besoin d’expérimentation, Robert a monté une lecture-spectacle. La femme, Laurence Iseli et l’oiseau sardonique, Blaise Froidevaux, s’affrontent dans un duel inégal, d’une grande sobriété. Réduit au minimum, le décor souligne la poésie du texte, sa simplicité, que pas un mot de trop n’encombre. Un grand moment d’émotion à ne manquer sous aucun prétexte.
Bernadette Richard
lecture-spectacle
lire
revenir au texte avec la sobriété des moyens et la qualité d’un jeu précis sur le verbe. Toutefois, une comédienne, un comédien, un décor, de la lumière et de la musique, un moment pour s’égarer en imagination dans la vie des autres.
biographies
consulter
- Laurence Iseli
Professionnelle du spectacle formée au Conservatoire d’art dramatique de Lausanne et universitaire, engagée depuis quinze ans comme metteur en scène et comédienne en Suisse romande. - Blaise Froidevaux
Blaise Froidevaux est né à La Chaux-de-Fonds en 1961 et vit à Neuchâtel depuis 1998. Il travaille comme comédien, scénographe et metteur en scène. - Yves Robert
habite La Chaux-de-Fonds en Suisse. Il est l’auteur de vingt-cinq pièces de théâtre, ainsi que deux adaptations de romans destinées à la scène.
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