Les flics, c’est comme les chiens, ça ne dort jamais.
Malgré la brume et les rochers, la cachette derrière les cordages, ils ont trouvés, le coffre, l’enfant de la pluie et moi.
Certains matins sont aigres, on s’en souvient toujours. Certains matins sont pitoyables, une lumière qui ne se lève jamais.
Trop d’uniformes, j’ai lâché la main de l’enfant. Je pleurais sur le rivage, les pieds enserrés par les galets et l’eau froide des vagues. Le pêcheur tirait sur les cordages, sans regarder vers moi, une ombre, comme si l’important était sur l’horizon, comme si le cœur était soudain mal tressé, comme si la main calleuse s’était bloquée sur un nœud, gros comme une peine d’amour, une honte qu’on partage pas. Moi, j’étais sur le rivage, le vrai rivage avec les galets noirs, les embruns salés.
L’enfant… J’ai lâché la main, puis les yeux.
Je regardais mes pieds, les galets noirs, la transparence de l’eau froide, les vagues sur mes chevilles et l’arrivée du haut-le-cœur.
Danaé, fille de roi, j’ai lâché… Ils ont dit, sans moi, le gamin aura un avenir.
Hé les passants… Une pièce pour la femme sur le rivage.
Moi, j’ai pas choisi.
On ne choisit pas ses désastres.
Danaé, après un temps.
Je suis Danaé, fille de roi. J’avais recueilli la pluie de l’or entre mes cuisses, pluie battante. J’ai vu tourner le ciel, les étoiles comme un vol de lucioles… Je ne savais rien des étoiles et des lucioles.
J’avais trop soif, trop envie de boire, goûter ce qui n’était pas encore bu. Goûter l’amertume, être bercée par l’absinthe, tomber dans ce vertige où se noie la joie.
Un malheur commence toujours par un malheur, (mais) un malheur qui se déguise, qui fait carnaval, fait de l’ivresse dans les herbes et la rosée. Un malheur qui, d’un beau sourire, prétend qu’il n’est pas un malheur.
Danaé s’adresse à la foule des ombres.
Ohé les passants… Une pièce pour la femme sur le rivage.
La femme sur le pavé… La dépravée.
Danaé rit brièvement.
Une pluie d’or, ça fait mine d’être le bonheur. Ça tombe entre les cuisses, ça tombe d’un sourire qui fait joli, le gentil, l’entreprenant.
La pluie de l’or, ça fait un petit bruit, à cause de la sueur, des cuisses qui rebondissent l’une contre l’autre, de la respiration qui meurt.
Peu à peu, le souffle s’accélère, fait semblant de plus être là, se retient comme une souffrance, comme une noyade.
La brise de terre, avant l’aube, se retient avant d’être une brise de mer. Avant de sentir le sel, l’odeur lointaine des pays qui n’existent pas.
Les pluies de l’été, c’est chaud et agréable, ça fait ce petit bruit.
Je ne savais pas ce que c’était.
Je voulais savoir, vraiment savoir. Si ça fait mal, si c’est du plaisir, si c’est des griffures avec du sang. Si c’est des larmes, un vertige d’ouragan avant les regrets, avant qu’il fasse froid.
C’est arrivé, la surprise d’un orage d’été.
Soudain, toute mouillée… Jusqu’à l’intérieur.
Puis, un froid s’installe, ruine la douceur, laisse un malaise au bord des lèvres.
La joie de l’or ne dure qu’un instant.
Danaé éclate de rire.
Tu ne vois pas venir les temps glacés.
L’or, ça faisait des reflets avec le soleil de juin, des étincelles, même avec les yeux fermés… Des étincelles… Des lucioles et des papillons.
Tu ne vois pas venir l’obscurité où se loge l’hiver.
Ohé, les passants… Une pièce pour la femme sur le rivage.